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Il est plus qu’indispensable de se remémorer les Algériennes de la guerre de libération nationale pour revenir à la valeur et au rôle que celles-ci ont joué dans la société de l’époque sous le manteau colonial. Ceci dit, de larges pans de l’histoire algérienne notamment entre 1954 et 1962, restent très mal connus. Le rôle de ces algériennes a été largement bafoué et occulté, comme si l’histoire de près d’une décennie de guerre pouvait exister en faisant abstraction d’une grande moitié du peuple algérien : les femmes. Elles ont été de fait très nombreuses à demeurer dans l’anonymat de l’histoire.

 

Comment est-elle entrée dans le combat ?

L’entrée extraordinaire de la  femme algérienne dans les rangs de la guerre a été spontanée. Issue d’une société méditerranéenne, berbère et colonisée, cette boule d’énergie tire ses racines d’une tradition ancestrale, imitant Dihya et Lalla Fadhma Ensoumer. Habituée à être au coté de l’homme dans les durs travaux des champs, elle n’a donc pas hésité à le rejoindre dans le combat libérateur.

Le risque de mort pour la plupart de ces algériennes était devenu un quotidien auquel elles s’y sont habituées. La terrible maltraitance coloniale va développer en elle une prise de conscience et une soif de révolution et de liberté, illustrant ainsi l’histoire par son courage et sa bravoure. Elle a rejoint les maquis, vêtue de détermination et n’ayant pour seule ressource que son intelligence et sa rapide intégration. Son rôle a été déterminant du fait de sa ténacité qui a tissé les mailles de  l’indépendance.

 

Les différents secteurs où elle a été héroïne

Martyre inconnue, déterminée à obtenir la liberté qu’importent les sacrifices, elle s’est vouée corps et âme pour une Algérie indépendante.

La femme algérienne s’est d’abord distinguée dans le fait qu’elle a porté une arme sans pour autant abandonner son statut de mère, épouse, fille…etc., elle a donc marqué un tournant vers une nouvelle considération masculine : la gent féminine aura ainsi rejoint les montagnes et combattu le colon. Il y eut aussi les « fidayates », des femmes qui ont revêtu une identité française pour pouvoir ainsi se faufiler inaperçues dans les ruelles et déposer des bombes (dont Hassiba Ben Bouali -morte dans la bataille d’Alger en compagnie d’Ali la pointe et le petit Omar-, Zohra Drif, Djamila Bouhired, Samia Lakhdari…ETC.)   des opérations assez risquées qui ont permis de semer la peur dans chaque coin lugubre des quartiers fréquentés. Et encore, elles assurent le transport d’armes (exemple : durant la bataille d’Alger) et d’informations mouchardées.

Ensuite, nous devons affirmer qu’être combattante ne signifie pas seulement tirer, ceci-dit, la guerre ne se fait pas seulement par des armes, mais aussi par une détermination populaire qui servira de bras droit à la révolution. La femme algérienne a rejoint les champs de blé, a entretenu les terres et fait pousser les fruits et légumes par les moyens les plus médiocres arrachés de force à un Etat colonial aussi avare que farouche envers le peuple. Elles ont donc pétri le pain, fait roulé le couscous pour enfin assurer à leurs confrères une poignée de nourriture pour tenir en vie ; aussi, responsables de la collecte d’argent, de vêtements et d’autres indispensabilités. On les appelle « les moussabilates ».

Enfin, il y a eu un petit nombre de femmes intellectuelles favorisées qui ont rejoint l’école coloniale faisant d’elles des personnes importantes. Il y eu les infirmières qui ont soigné les blessés, les institutrices qui ont assuré une éducation aux fils de paysans algériens, et enfin les femmes qui ont combattu avec la plume et le papier dans les rangs du FLN que ce soit en Algérie ou en France, mettant en péril leur sécurité.

Tout ça pour dire qu’elles ont été pragmatiques et altruistes durant cette période de besoin.

 

Déception d’après l’indépendance

La guerre d’Algérie, le mouvement de libération : une affaire d’homme. Il a fallu plus de deux décennies pour briser le silence sur le  rôle  important qu’a occupé la femme.

Après 1962, au lieu de lui rendre hommage, elle a été victime d’une société charismatique, anesthésiée par une certaine autosuffisance masculine qui a envenimé la morale sociale. Rabaissée par un patriarcat rétrograde et un statut inférieur, elle a du se libérer de toutes les entraves morales léguées par le conservatisme.

Pour parler spécialement de ce fait, nous avons dû utiliser des centaines de témoignages oraux subjectifs puisque, la majorité d’entre elles étant analphabètes,  n’ont laissé que peu de documents, et  restèrent sans voix, politiquement et culturellement marginalisées après l’Indépendance. 

En somme, concernant la femme algérienne, malgré tous les sacrifices qu’elle offre pour son pays, sa patrie, ou bien juste son foyer, reste toujours soumise à un patriarcat rigide, la rabaissant au statut d’un mammifère insipide, occulté et offensé; d’ou sa triste déception d’après l’indépendance.

 

Témoignage d’une ancienne militante du FLN :

Lorsqu’on a demandé à une ancienne militante du FLN ce que l’indépendance lui a apporté à elle, aux femmes qui ont combattu, et à l’ensemble de la gent féminine Algérienne, étant interloquée par un français, celui-ci a été assez surprise de sa réponse qui était : « ça ne m’a rien apporté, avant et après l’indépendance, c’est la même chose ». Et elle a ensuite repris : « nous vivons dans une société méfiante et hostile envers les femmes, les structures sociales ne peuvent être changées ni en un an, ni en cinq ans et ni même en dix ans, elles sont tellement rigides et ne sont pas encore adaptées à l’évolution qui est entrain de se faire ; du fait que les gens ont évolué et qu’ils réagissent différemment que leur grand-père ou leur arrière grand-père. Il faudrait donc une véritable révolution. »

On lui demande ensuite : «  comment pouvez-vous expliquer que votre père, qui a été un mythe dans le FLN, qui a été un militant communiste ait refusé votre statut de femme militante ? »

Elle a répliqué ainsi : « ça s’explique que pour lui, qu’entre son engagement politique et l’éducation de sa fille, cela fait deux choses différentes. Qu’il soit lui, militant c’est d’accord, c’est un fait acquis mais, il ne voudrait pas me voir avoir autre chose qu’une vocation exclusivement féminine : c’est-à-dire de me marier et d’avoir des enfants. Je crois que c’est le rêve de tous les pères, c’est un rêve égoïste »

« Qu’est-ce qu’il a dit lorsque vous étiez en prison ? »

« Il a très bien réagi. D’abord il était très fier de moi parce qu’il ne pensait pas que j’irais aussi loin, –d’ailleurs je vais trop loin pour lui-»

« Donc maintenant il voudrait vous voir casée  ! »

« Effectivement, c’est son rêve car chez nous, une fille de 24ans qui n’est pas encore mariée est une vieille fille, c’est presque scandaleux, je pense qu’il aurait souhaité me marier dès mon plus jeune âge. Je ne veux pas me marier ! Je ne veux pas me marier pour l’acte mais plutôt pour partager ma vie avec quelqu’un de bien et qui a les mêmes idées politiques que moi ».

 

 

Par : Lydia Arrache