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La Grande Ligne vous invite à lire la lettre de Kateb Yacine envoyée à Albert Camus en 1957 : En cette année de 1957 Kateb Yacine vivait en exile à Paris et Albert Camus venait de recevoir le Prix Nobel de littérature. Kateb Yacine débuta sa lettre par une phrase qui fait référence à L’Exil et le royaume (dernier recueil de nouvelles de Camus.) 

 

"Mon cher compatriote

Exilés du même royaume nous voici comme deux frères ennemis, drapés dans l'orgueil de la possession renonçonte, ayant superbement rejeté l'héritage pour n'avoir pas à le partager.Mais voici que ce bel héritage devient le lieu hanté où sont assassinées jusqu'aux ombres de la famille ou de la tribu, selon les deux tranchants de notre Verbe pourtant unique.

On crie dans les ruines de Tipaza et du Nadhor, irons-nous ensemble apaiser le spectre de la discorde, ou bien est-il trop tard? Verrons-nous à Tipaza et au Nadhor les fossoyeurs de l'ONU déguisés en Juges, puis en Commissaires-priseurs?

Je n'attends pas de réponse précise et ne désire surtout pas que la publicité fasse de notre hypothétique co-existence des échos inattendus dans les quotidiens. S'il devait un jour se réussir un Conseil de Famille, ce serait certainement sans nous. Mais il est (peut-être) urgent de remettre en mouvement les ondes de la Communication, avec l'air de ne pas y toucher qui caractérise les orphelins devant la mère jamais tout à fait morte.

Fraternellement. Kateb Yacine''