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Une jeune femme de 18 ans qui s’est suicidée, après avoir été battue par son frère, a laissé une lettre d’adieu. La Grande Ligne traduit cette lettre de l’arabe au français. (La jeune femme en question était de nationalité Jordanienne).

 

« Je touche mon visage et je ressens ses traits, combien de fois tu as dit qu’il était beau et qui rayonnait comme une étoile lointaine dans le ciel ? Mais aujourd’hui il est laid, terriblement laid.

Les ecchymoses emplissent mon corps. Hier mon frère m’a battu car il a découvert que je fumais. Chaque ecchymose me rappelle l’extase de bouffé de cigarette qui circulait dans mes neurones. Mon frère, qui consomme deux paquets de cigarette par jour, m’avait battu.

Je glisse ma main sur mon corps affaibli, je ressens les parties enflés…. Sais-tu ? Ce monde est miteux, et nous rend misérable chaque jour, ce monde est une besogne mafieuse, conçue par dieu ou je ne sais par qui, il nous fait vivre une illusion et nous fait souffrir des années durant, en prenant le chemin de notre mort.   

La mort, ce grand mot. La mort m’anime si tu pouvais le savoir ? Et me pousse chaque jour à lui. Lorsque je découvre que nous ne vivons pas et que nous faisons qu’attendre la mort. Et nous n’arrêtons pas de parler de la mort : Nous voyons le mort dans nos informations, on parle de la mort dans nos cafétérias et dans nos émissions télévisées religieuses et divertissions. On célèbre même la mort en égorgeant un pauvre animal sans défense. Nous, mon ami, même lorsque nous sommes follement amoureux, nous évoquant le mort ‘’Je t’aime à en mourir’’

Je ne sais pas si dieu avait raison de me créer, puis de me mettre au milieu de ces gens, tout le monde me scrute lorsque je marche dans la rue. Je change en une pute lorsque je ne veux plus être une ‘’bonne femme’’, une femme esclave : la femme doit cuisiner, nettoyer et arranger la maison pour son frère et son père, puis elle s’installe pour parler du mariage, de la pudeur et de l’honneur et du futur époux. Dieu savait-il que son royaume sur terre se changerait en un abattoir quotidien ? A-t-il prémédité que l’Orient, d’où est issu tous ses messagers, deviendrait un cimetière pour femmes ?

Qui t’avait dit que le mort est une mauvaise chose ? est-ce que la vie est une bonne chose ? Crois-tu que l’oppression, quotidiennement subie, et les mains qui te fracassent, est une vie ?  Cette situation me chagrine, je suis comme toutes les femmes d’orient, je ne peux pas me défendre, je grandis et ma haine vers l’injustice grandit avec moi, et sur cette misogynie qui nous fait souffrir. Chaque jour on entend, dans tous les coins, le mot ‘’Pute’’ qui nous est attribué. Sans qu’on puisse affronter la tyrannie de la société, on meurt chaque jour.

Je ne supporte plus la mort, je veux renaitre, je veux ressusciter plusieurs fois. Ce monde, mon ami, ne me suffit plus, je voudrais des jardins et des nuages pour pouvoir rêver, je voudrais vivre.

Ce fil va me prendre loin, très loin. Ce fil tendre, va disparaitre, plus lentement que mon actuelle vie. Tu me trouveras à tes côtés si tu as besoin de moi, ne sois pas triste mon ami, et suis-moi si tu le désires »

 

Traduit de l'arabe par : Azzedine Derradj 

TEXTE ORIGINAL EN ARABE